ENAM, FMSB, Polytechnique... Au Cameroun, certaines carrières sont encore vues comme les seules garantes de réussite sociale, manifestant une pression pour les élèves. Mais que se passe-t-il quand l'élève n'a pas l'âme d'un scientifique ?
Le scénario est classique. Au détour d'une réunion de famille, la question fuse, inévitable : "Et toi, tu fais quoi après le Bac ?". Si la réponse n'est pas "Médecine", "Ingénierie" ou "Grandes Écoles", un silence gêné s'installe parfois, suivi d'un regard navré ou d'un conseil bienveillant mais lourd de sens : "Essaie quand même, c'est plus sûr pour l'avenir."
Le mythe des "Nobles" filières
Cette pression sociale repose sur une vision héritée d'une époque où la fonction publique et les professions libérales régnaient en maîtres absolus sur la stabilité financière et le prestige social. ENAM, FMSB, Polytechnique... Ces acronymes résonnent encore comme des promesses de réussite infaillible dans l'inconscient collectif camerounais.
Pourtant, le monde a changé. L'économie se digitalise, se mondialise et se diversifie. Aujourd'hui, un développeur web, un expert en marketing digital ou un créateur de contenu peut prétendre à une carrière aussi, sinon plus, florissante qu'un cadre de la fonction publique traditionnelle.
"Forcer un profil littéraire ou artiste dans une moule scientifique, c'est courir le risque de créer des professionnels incompétents et malheureux."
Quand l'élève n'a pas l'âme d'un scientifique
Le drame de cette pression, c'est qu'elle ignore totalement la notion de fit (adéquation). On peut avoir l'intelligence pour réussir en mathématiques, mais si la passion n'y est pas, l'échec guette.
Que se passe-t-il quand l'élève n'a pas l'âme d'un scientifique ? Il s'épuise. Il doute. Il culpabilise de ne pas correspondre aux attentes de ses parents. Cette dissonance cognitive est la première cause d'abandon en première année de faculté scientifique.
Le rôle du Conseiller d'Orientation
Comment les conseillers peuvent-ils aider les familles à accepter d'autres métiers ? En apportant de la data, du concret et de la prospective.
- Démontrer la viabilité économique : Prouver avec des chiffres que les métiers du digital, du commerce ou de l'art offrent des débouchés réels.
- Valoriser les soft skills : Montrer que l'empathie, la créativité ou la communication sont des compétences recherchées et monnayables.
- Médiation : Servir de tiers de confiance pour traduire les aspirations de l'enfant en langage de "réussite parentale".
Redéfinir la réussite
Il est temps de déconstruire l'idée que seule la blouse blanche ou la combinaison d'ingénieur fait l'homme respectable. La vraie réussite, c'est l'excellence dans son domaine, quelle que soit sa nature.
Parents, laissez de la place à l'imprévu. Laissez vos enfants explorer des territoires inconnus. Le Cameroun de demain aura besoin de techniciens, d'artistes, d'entrepreneurs, de soignants, mais surtout d'êtres humains épanouis dans leur travail.